Vérifier si le kilométrage affiché de votre voiture est authentique

Chaque année, 600 000 voitures circulent en France avec un compteur trafiqué. Le chiffre ne laisse guère de place au doute : la fraude au kilométrage ne connaît pas la crise.

En Roumanie et en Lettonie, une voiture sur dix affiche un kilométrage artificiellement réduit. Prudence est donc de mise, surtout lorsqu’on se tourne vers des véhicules importés d’Europe de l’Est.

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Détecter un compteur modifié, est-ce vraiment possible ? Comment contrôler les kilomètres d’une voiture d’occasion ? Et si l’on découvre, trop tard, une supercherie au compteur, quelles sont les démarches à enclencher ?

Risques liés à la manipulation du compteur

Retoucher le compteur d’un véhicule, le “rajeunir” de 100 000 kilomètres ou plus, fait grimper sa valeur sur le marché. La tentation est forte pour les vendeurs peu scrupuleux, et la déconvenue, immense, pour les acheteurs piégés.

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Le piège est double : non seulement la cote du véhicule est faussée, mais l’acheteur risque des surprises coûteuses au moment d’entretenir ou remplacer des pièces. Impossible, dans ces conditions, de prévoir la prochaine panne ou d’anticiper l’usure réelle de la voiture.

Il ne faut pas non plus négliger la dépréciation massive lors d’une revente future. Et si un nouvel acheteur découvre la supercherie, la chaîne des victimes peut s’allonger, avec à la clé des poursuites judiciaires pour le premier acquéreur trompé.

Attention : la fraude au kilométrage est une infraction pénale en France, passible de 37 500€ d’amende et de deux ans de prison. Le risque n’est donc pas seulement financier.

Quels modèles sont les plus concernés ?

CarVertical, société spécialisée dans l’historique automobile, a passé au crible plus d’un demi-million de rapports VIN entre octobre 2019 et octobre 2020. Le constat : certains modèles sont particulièrement visés par la fraude au compteur.

Voici les quinze véhicules qui reviennent le plus souvent dans les cas de compteurs trafiqués :

Les marques allemandes, notamment BMW, dominent ce classement. Les BMW Série 7 et X5, luxueuses et prisées, figurent en tête : leur valeur élevée incite certains professionnels douteux à revoir le kilométrage à la baisse. L’âge du véhicule est aussi un facteur clé. Entre dix et quinze ans, les BMW sont particulièrement exposées à cette manipulation.

Chez Mercedes-Benz, les modèles Classe E produits entre 2002 et 2004 subissent fréquemment ce type de fraude.

Les modèles diesel, conçus pour avaler les kilomètres, sont logiquement surreprésentés. Après avoir parcouru parfois plus de 300 000 kilomètres en Europe de l’Ouest, ces véhicules arrivent sur le marché français avec un compteur rajeuni, ce qui gonfle artificiellement leur valeur. L’Audi A6, la Volkswagen Touareg ou la Mercedes Classe E, presque exclusivement en version diesel, sont régulièrement concernées.

Comment éviter de se faire avoir ?

Des sociétés privées, comme CarVertical, proposent des rapports basés sur le numéro d’identification du véhicule (VIN). Ce code unique de 17 caractères, normalisé depuis 1981, est gravé sur le châssis de chaque voiture. Il permet de retrouver l’historique précis du véhicule.

Conseil Mecagirl : examinez l’historique de la voiture et interrogez le vendeur sans relâche. Multipliez les questions et ne vous contentez pas de généralités.

Pour renforcer la transparence, le Gouvernement français met à disposition HistoVec, une plateforme dédiée à l’historique des véhicules d’occasion. Ce service donne accès à des informations telles que :

  • La date de première mise en circulation
  • Les changements successifs de propriétaire
  • Les sinistres ayant nécessité une expertise automobile
  • La situation administrative (gage, opposition, vol…)
  • Les caractéristiques techniques (marque, couleur, cylindrée, puissance, niveau sonore, émissions polluantes, etc.)

Le propriétaire s’identifie sur HistoVec avec la plaque d’immatriculation, ses informations personnelles et les données de la carte grise. Il peut alors générer le rapport HistoVec et le transmettre à l’acheteur potentiel. Le certificat d’état de gestion, enrichi de l’historique du véhicule, devient ainsi disponible en ligne.

Recouper les informations officielles

Comparez soigneusement le kilométrage figurant sur toutes les factures : n’hésitez pas à contacter le concessionnaire ou le dernier atelier d’entretien pour vérifier les relevés enregistrés lors des interventions.

Un carnet d’entretien trop uniforme doit vous alerter : mêmes police et couleur d’encre, tampons identiques, signatures similaires… Autant d’indices qui doivent vous mettre la puce à l’oreille.

Conseil Mecagirl : recherchez les coordonnées du garage, appelez-le et validez l’authenticité des entretiens mentionnés sur le carnet. Un simple appel peut parfois lever le doute.

Si vous le pouvez, faites contrôler la voiture dans un atelier agréé de la marque ; les outils du constructeur permettent souvent de retrouver l’historique du kilométrage stocké dans différents modules électroniques.

Autre piste : demandez à l’UTAC, l’organisme qui supervise les contrôles techniques, de consulter les relevés enregistrés lors des précédentes visites.

Enfin, assurez-vous que le vendeur qui conclut la transaction est bien celui dont le nom figure sur la carte grise. Multipliez les vérifications et posez toutes les questions nécessaires. Malgré tout, il arrive que la vigilance ne suffise pas.

En cas de fraude avérée, que faire ?

Si vous découvrez que le kilométrage de votre voiture a été manipulé, vous pouvez demander l’annulation de la vente par courrier recommandé avec accusé de réception.

En cas de refus du vendeur et si vous disposez de preuves solides, vous pouvez invoquer la garantie des vices cachés (articles 1116 et 1641 du Code civil). Il est également possible de porter plainte auprès de la police ou de la gendarmerie, car la falsification du compteur est une infraction pénale (article 3 du décret n° 78-993 du 4 octobre 1978).

À retenir : à compter de la découverte du défaut, vous disposez de deux ans pour agir.

Le compteur ne trahit pas toujours, mais un acheteur vigilant ne laisse que peu de place à la chance. Entre contrôles, recoupements et vérifications, la transparence devient votre meilleure alliée pour rouler l’esprit tranquille.

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